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LES CLES DE LA REUSSITE Imprimer l'article
Nous nous sommes appuyés sur un peu plus d’un millier de personnes formées à l’exercice de la recherche de missions. Une partie d’entre elles a trouvé un CDI suite à des missions, d’autres ont fondé leurs entreprises et un grand nombre d’autres continuent d’exercer des missions en tant que professionnels consultants ou managers de transition.


Face au gisement de développement du travail en mission, nombreux sont ceux qui, par pragmatisme ou goût de l’indépendance, envisagent de devenir consultants autonomes. Si les opportunités sont réelles, les risques inhérents à ce changement le sont aussi.

Avec Consultants : comment trouver vos premières missions (Dunod, 2005), Catherine Pompei, consultante, ancienne directrice des formations Intra à la Cegos et Roland Brechot, directeur général d’ITG, société de portage salarial, insistent sur le positionnement marketing et les changements culturels de la démarche. Un ouvrage riche d’expérience !

Interview de Catherine Pompei :

Comment fonctionne aujourd’hui le marché du travail en mission ? Le marché du travail en mission est promis à une très forte croissance. Les dirigeants de PME ou les patrons de centres de profits ou de directions fonctionnelles d’entreprises plus importantes ont souvent une foule de questions ponctuelles à traiter. Mais comme ils courent après le temps et ont rarement les ressources sous la main, ils font avec les moyens du bord, ou ne font pas. Aussi, lorsqu’ils rencontrent une personne qui connaît leur activité et peut leur rendre service, pour peu que cette personne soit recommandée, il est bien rare qu’ils ne lui confient pas une première mission. Ensuite, le lien fait le reste. Le marché du travail en mission n’est donc pas un marché structuré. C’est un marché d’offre plus que de demande. Rien à voir donc avec les grands cabinets de conseil qui sont demandés et sollicités par les grandes entreprises pour une demande a priori déjà identifiée.

Le passage à l’autonomie professionnelle apparaît comme une opportunité mais s’accompagne de changements radicaux. Comment votre livre aborde-t-il cette évolution ? Le passage à l’autonomie professionnelle suppose des changements radicaux, qui doivent être vécus comme une opportunité d’épanouissements personnel et professionnel sans pour autant nier un passé qui a forgé une expertise robuste dans un secteur donné. Le changement est essentiellement culturel. Il faut remettre en cause certains référentiels : l’importance du statut, aller vers l’autre pour échanger et non plus pour demander, se positionner non plus dans son projet et par rapport à soi mais être en mesure de se mettre à la place du client – changer de point de vue. C’est un peu comme dans le film Le Cercle des poètes disparus où le professeur joué par Robin Williams fait monter les élèves sur les tables pour leur montrer un point de vue différent. On doit élargir le champ.

Votre livre fourmille de recommandations, d’éléments de méthode et d’outils très pratiques. Sur quelles expériences et expertises sont-ils fondés ? Nous nous sommes appuyés sur un peu plus d’un millier de personnes formées à l’exercice de la recherche de missions. Une partie d’entre elles a trouvé un CDI suite à des missions, d’autres ont fondé leurs entreprises et un grand nombre d’autres continuent d’exercer des missions en tant que professionnels consultants ou managers de transition. Nous incluons nos parcours dans cette expertise. Nous avons tous deux choisi de nous rôder à l’autonomie professionnelle en exerçant des missions pendant deux à trois années et avons ensuite opté pour des trajectoires différentes : l’un en CDI, l’autre en création d’entreprise.

Pour le futur professionnel consultant ou manager de transition, une approche modeste, sous-tendue par un principe d’utilité et de rentabilité du temps et de l’effort investis, vous semble-t-elle incontournable ? C’est effectivement incontournable. Il faut rester conscient du service et de la valeur ajoutée engendrés pour le client et pour soi-même. On ne peut travailler sans un objectif de qualité et sans exigences. Cette qualité s’attache aux éléments produits. Mais il faut y ajouter, dès que le métier de professionnel consultant est intégré et les méthodes et les outils bien rôdés, une exigence de productivité et de progrès. Tout cela doit être pensé, contrôlé et quantifié. C’est ainsi qu’on se gouverne soi-même. Il y va donc de l’image de soi et de sa réputation en tant que professionnel.

Vous insistez sur la définition d’un positionnement clair et très ciblé. Comment aider les apprentis consultants à mieux prendre en compte cette exigence ? La définition précise de ce positionnement constitue en général une difficulté, car on a l’habitude de raisonner en termes de compétence et de potentiel. Or, un client ne fait rien avec ces notions. Il a des exigences en termes de service et de bénéfice. Lorsque des ex-cadres d’entreprise réfléchissent sur une offre, ils sont dans la situation du marin qui a travaillé sur un chalutier et qui veut pêcher pour son compte. Ses références sont celles d’un bateau-usine et les transposer à l’usage d’une pêche artisanale est difficile. Il faut donc que ces professionnels fassent un travail sur eux-mêmes pour accepter le deuil de la quête du statut antérieur et acquérir des notions nouvelles centrées sur leur expertise et non sur leur titre et celui de l’entreprise pour laquelle ils oeuvraient.

Quelle est la singularité de votre livre dans le champ de l’expertise sur le métier de consultant ? Nous n’avons pas conçu cet ouvrage comme un traité méthodologique d’accès à un statut consacré : celui de consultant. Nous nous sommes centrés sur le concept de missions, qui est beaucoup plus large. Cette approche permet donc d’intéresser non seulement de futurs consultants, qui pourront constater qu’ils peuvent éviter une longue préparation avant d’agir, mais aussi d’autres lecteurs davantage en recherche d’une solution conjoncturelle. De nombreux ouvrages sont centrés sur le métier de consultant professionnel oeuvrant dans de grands cabinets. Celui-ci est davantage centré sur le métier de professionnels exerçant des missions tant dans leur entreprise que pour le compte de clients, avec une forte emphase sur le positionnement marketing, sur la démarche opérationnelle marketing et commerciale, les outils opérationnels et le travail efficace en réseau. Bien sûr, pour que ce livre ait toute son utilité, il faudra que le lecteur confronte les concepts, méthodes et outils aux réalités du terrain, meilleure source d’appropriation de toute formation.

Au-delà du futur consultant autonome, cet ouvrage est-il destiné à d’autres publics ? Oui, notre livre est aussi destiné à ceux qui, de manière pragmatique, veulent rester en alerte pour maintenir le chemin de l’activité professionnelle. Aujourd’hui, les cadres font de moins en moins carrière. L’heure est davantage au « parcours professionnel » avec des temps d’emploi classiques, des temps de missions et des temps de formation. On peut faire quelques missions puis retourner vers l’emploi. Ce livre est aussi destiné aux responsables d’entreprise confrontés à la nécessaire flexibilité et mobilité des ressources humaines, qui veulent préparer leurs équipes au travail en mode projet.